Rechercher

Les doubles standards




"Je sais qu'il y a des gens qui n'ont pas accepté, qui ont trouvé que je prenais mon mari pour un larbin. J'ai des femmes aussi qui trouvaient que ce n'était pas le rôle d'un homme de servir une femme". Ces mots prononcés par une femme dans un reportage de 1977 sur les hommes au foyer, résonnent encore en nous en 2021. Car bien loin d’être obsolètes, ces propos restent d’actualité, lorsqu’on pense notamment à toutes les remarques et la stigmatisation auxquelles les hommes choisissant d’être père au foyer font encore face. Les doubles standards, qui peuvent être définis comme « un jugement différencié porté sur le même comportement ou acte quand il est le fait de personnes issues de deux groupes différents » (définition du Collectif contre les Violences Familiales et l’exclusion) sont une réalité à laquelle, les hommes comme les femmes, sont encore trop souvent confrontés aujourd’hui.


Les exemples de doubles standards ne manquent pas, et la plupart d’entre vous en ont sûrement qui leur viennent à l’esprit en lisant ces quelques lignes.


Après avoir pris l’exemple des pères au foyer, intéressons-nous à la relation entre les femmes et l’obésité. Certes l’obésité discrimine les hommes et les femmes, mais de récentes études ont démontré que l’obésité était bien plus handicapante pour les femmes qui étaient à la recherche d’un emploi. En effet selon une étude de l’INSEE (Obésité et marché du travail : les impacts de la corpulence sur l’emploi et le salaire, INSEE, 2016), contrairement aux hommes obèses, à compétences égales, ces dernières sont bien moins susceptibles d’être embauchées que des femmes minces, alors que chez les hommes obèses, aucune discrimination flagrante n’est visible. L’explication est très simple, l’exigence de « garder la ligne » et d’avoir un physique correspondant aux normes esthétiques de notre société est beaucoup plus marquée chez les femmes que chez les hommes (non pas qu’ils n’existent pas chez les hommes, mais les hommes sont moins susceptibles de provoquer des commentaires virulents et violents sur leur physique en prenant deux ou trois kilos). Les femmes sont en général jugées plus sévèrement sur leur physique que les hommes. Par conséquent, la femme en surpoids renvoie à l’image d’une femme qui ne prend pas soin d’elle, qui n’est pas soignée, pire encore, qui serait paresseuse alors que l’homme doté de quelques kilos en trop renverrait surtout l’image d’un homme fort, d’un bon vivant. Bien évidemment, les explications derrière les conclusions de cette étude sont bien plus complexes, et il pourrait y avoir d’autres facteurs expliquant cette différence entre les deux sexes.


Intéressons nous maintenant à un sujet qui est malheureusement d’actualité, les violences conjugales. D’après vous, combien d’hommes sont victimes de violences conjugales? Selon une étude de l’INSEE (Rapport d’enquête « Cadre de vie et sécurité », INSEE, 2019) les hommes victimes de violences conjugales représentent environ 28% des victimes en France chaque année, soit 82 000 hommes en moyenne entre 2011 et 2018. C’est beaucoup trop. Et pourtant dans l’imaginaire collectif, on s’imagine difficilement un homme victime de violences physiques ou psychologiques par son conjoint ou sa conjointe, car il est inconcevable qu’un homme “fort” et “viril” puisse se faire laisser faire, et accepter des mauvais traitements. Il est bien plus facile de penser qu’une femme “douce” et “fragile” se fait battre par son conjoint et sa conjointe car de toute façon elle n’aurait pas la force physique pour se défendre. Les doubles standards sont malheureusement bien trop nombreux pour pouvoir être tous énumérés dans cet article. Il convient surtout de réfléchir à comment et surtout pourquoi il est souhaitable d’y mettre fin.


Pourquoi mettre fin aux doubles standards ? Tout simplement car ils sont préjudiciables aussi bien pour les hommes que pour les femmes, et qu’ils stigmatisent ceux qui décident d’aller à l’encontre de toutes ces injonctions. Les hommes ne peuvent-ils pas être tout simplement des pères au foyer sans que leurs proches ne se soucient pour leur « bien-être » et leur proposent gentiment un travail ? (Histoire vraie racontée par ma professeure de français dont le mari était père au foyer) Les femmes carriéristes voulant gagner leur vie, peuvent-elles être ambitieuses sans qu’on les taxe d’égoïstes ? La seule façon de les combattre, c’est tout simplement d'arrêter de donner une quelconque importance à des injonctions qui sont dénuées de sens , et de ne pas avoir peur de faire ses propres choix, même si ces derniers sont contraires à ce que l’on considère comme « socialement acceptable ». Oser vivre la vie qu’on souhaite sans se soucier des jugements, bien plus facile à dire qu’à faire, mais j’espère que ce sera possible un jour ! Et ce travail de déconstruction est long à faire, il commence par refuser tous les stéréotypes de genre, de refuser que les garçons aient le « devoir » d’être forts, de ne pas montrer leurs émotions et de refuser que les femmes doivent être belles et de bonnes mères sacrifiant tout pour leur progéniture.


Finalement, mettre fin aux doubles standards ne peut qu’être bénéfique, cela ne veut pas dire qu’on est « obligé » de devenir père au foyer ou d’être une femme carriériste, bien entendu. Le but est que chacun ait la possibilité de vivre comme il l’entend, et ce, sans se faire stigmatiser.